Où sont les actrices noires françaises à l’écran ?

S’il y a les Oscars, les Golden Globe ou encore les Emmy Awards qui récompensent les actrices noires américaines. Qu'en est-il de nos actrices noires en France ? En 1987 Isaac de Bankolé devient le premier acteur noir français a été récompensé pour le César du
« meilleur espoir » dans le film Black Mic-Mac, puis Omar Sy remportera le César du meilleur acteur en 2012 pour Intouchables. En 41 ans d'existante des Césars, seulement deux prix pour les acteurs noirs français. Mais qu’en est-il des actrices noires françaises ?

 

En effet, les femmes noires en France sont quasiment absentes à l’écran et il n’y a pas de films dans l’industrie cinématographique française dont une héroïne est noire... Elles sont à l’intersection de deux discriminations : le fait d’être femme, et le fait d’être noire.
Aissa Maïga et Firmine Richard sont les seules comédiennes noires reconnues en France et qui tiennent des premiers rôles à l'écran, mais elles ne reçoivent pas de prix, pourtant on ne peut pas dire qu'elles ne sont pas douées !

 

Pour ne pas faire travailler des actrices noires, le milieu de l'industrie cinématographique français se défend en s'appuyant sur le fait qu'elles ne
savent pas jouer. Or pour jouer il faut qu'on leur donne les mêmes chances sociales que les autres citoyens ! Beaucoup d'actrices noires
rament et se contentent souvent de petits rôles en attendant des jours meilleurs. « Les jeunes filles noires qui ne se voient pas dans les productions culturelles contemporaines n’ont pas de proposition française d’image de soi idéalisée. Cela revient à ne pas se sentir regardé », remarque Sarah Chiche, psychanalyste et psychologue clinicienne. Certaines comédiennes noires expliquent que le fait de ne pas se sentir représentées dans la société n’a absolument pas nui à leur confiance en elles mais c'est parfois impossible d’imaginer pouvoir devenir actrice.

Les rôles proposés encore aujourd’hui sont stéréotypés…

Dans la plupart des scénarios il y a des rôles pour les femmes noires certes, mais elles s’appellent souvent « Fatou » ou portent un boubou, sont sans papiers et font un accent africain. Voilà les rôles de composition très limitée, qu'incarnent les actrices françaises noires. Souvenez-vous du téléfilm" Fatou la malienne " qui parlait des mariages arrangés en France, chez les Soninkés originaires du Mali. Ce dernier avait réuni plus 7 millions de téléspectateurs. Soulignons que ces représentations peuvent nuire aux jeunes femmes noires qui par ailleurs sont victimes de racisme au quotidien.

Il faut rappeler que souvent la femme noire est associée à une image sauvage, on la décrit avec les termes « silhouette féline », « oeil de biche » ou encore « panthère noire » (c'est comme ça que l'on surnomme Naomi Campbell dans le milieu de la mode).

La question que l'on se pose est : La France aurait-elle du mal à se détacher de ses préjugés historiques et culturels d'anciens colons ? Des stéréotypes repris par l'audiovisuel français, qui ne semble pas réellement avoir envie de s'en dégager.

Aux Etats-Unis même si le racisme est loin d'avoir disparu, les actrices afro-américaines demeurent plus nombreuses au cinéma et à la télévision que les comédiennes noires en France, quasi invisibles.

Ainsi une personne noire aux Etats-Unis peut découvrir à l'écran une série télévisée composée principalement d’une famille bourgeoise noire « Cosby Show » mais également des séries très populaires telles que « Scandal », « Murder », « Empire »...portées par des actrices noires.
Par ailleurs, les actrices américaines Halle Berry, Whoopi Goldberg, Viola Davis, Lupita N'yongo ou encore Taraji P.Henson ont été récompensé grâce aux rôles qu'elles ont tenu.

 

En France, la plupart des femmes noires se tournent vers le rêve américain car elles constatent une réelle différence. Elles rêvent d'être comme Beyoncé, Lupita N'yongo ou encore Kerry Washington.

Quand est-ce que la France proposera enfin des rôles importants et surtout non stéréotypés aux femmes noires ? Même si les noirs de France n'ont pas la même histoire que ceux des Etats-Unis, le talent n’est pas une question de couleur ni d’histoire !

Quelques actrices noires françaises qui ont pu sortir de l’ombre…

Sara Martins

Présente depuis la première saison de « Meurtres au Paradis », lancée en 2011, Sara Martins y joue le sergent Camille Bordey.
Née au Portugal, le 19 août 1977, c’est en 1995 que la comédienne fait ses débuts sur les planches : elle joue, sous la direction de Roger Planchon, dans Le Radeau de la Méduse au Théâtre national populaire de Villeurbane. En parallèle, elle poursuit sa formation et entre au Conservatoire national supérieur d'art dramatique en 1998. De 2011 à 2015, la jeune femme acquiert une reconnaissance internationale lorsque l'équipe de la BBC (Royaume-Uni), en partenariat avec France Télévisions, lui offre le premier rôle de la série « Meurtres au Paradis ». La même année, elle est au casting de la nouvelle série diffusée sur France 2, Détectives, aux côtés de Philippe Lefebvre et Jean-Luc Bideau. C’est elle qui fait le doublage de la voix de Rosario Dawson (la saga Sin City, Trance), Zoe Saldana (Colombiana), Halle Berry (Gothika), Kerry Washington (Mr & Mrs Smith), ainsi que la sienne dans « Meurtres au paradis », série dans laquelle elle joue en anglais.

Aissa Maïga
Elle est sans doute (avec Firmine Richard) l’actrice noire la plus
connue de France. Aissa Maïga est une actrice pleine de talents. Très jeune, elle s’intéresse au cinéma et rêve de devenir actrice. Pour elle, être actrice noire après la trentaine, les choses se corsent, les possibilités se referment, surtout quand on n’a pas percé à 20 ans. Cela peut même être assez cruel…
Quand on lui propose de jouer un personnage au cinéma, souvent la couleur de peau de ce personnage est précisée. Dans le film « Il a déjà tes yeux », elle adopte un bébé blanc... Et fait voler en éclats les stéréotypes identitaires. Un film et un sujet qui lui ont tenu à coeur. Son idole était Romy Schneider et elle s’identifiait aux belles histoires car pour Aissa Maïga, elles sont universelles, même si, il faut le noter, les héroïnes sont le plus souvent blanches soulignet- elle.

Firmine Richard

C'est par hasard que Firmine Richard est devenue actrice. Tout à commencer quand une directrice de casting la repère en lui offrant le rôle principal de la comédie Romuald et Juliette aux côtés de Daniel Auteuil en 1988. Elle tombe amoureuse du cinéma et joue par la suite dans Valse d'amour de Dino Risi et tient de petits rôles dans Elisa de Jean Becker ou encore Une pour toutes de Claude Lelouch. En 2002, elle se fait connaître du grand public en étant l'une des 8 Femmes de François Ozon, profitant du très grand succès que connaît le film. Par la suite, les rôles qu'incarne Firmine restent souvent secondaires, mais les films en question sont pour la plupart des succès. En 2009, elle obtient à nouveau un rôle principal dans la comédie Je vous aime très beaucoup de Philippe Locquet. Elle est également présente sur le petit écran
dans la série télévisée Famille d'accueil, et prête sa voix au film d'animation de Michel Ocelot : Les Contes de la nuit. Firmine Richard déclare qu’il n’y a pas assez de rôles pour les actrices noires dans l’audiovisuel : « A nous d’écrire notre propre histoire que l’on soit africain ou antillais ! ».