Les figures de l’ombre françaises, 
ces Noirs qui ont fait la France

En France, il y a très peu d’hommes noirs qui sont considérés comme des figures majeures de notre histoire officielle à l’exception d’Aimé Césaire ou encore Félix Eboué. Qui se souvient du premier député noir en france Blaise Diagne ou encore de Gaston Gerville-Réache, en 1904, le vice-président de la Chambre des députés ? Qui se souvient également de Battling Siki, grand boxeur français d’origine sénégalaise qui a mis K.O Georges Carpentier et qui est devenu champion du monde en 1922 ?

 

Severiano de Hérédia
« Le maire noir » de Paris, député, ministre des travaux publics.

Severiano de Heredia a été ministre des Travaux publics et président du conseil de Paris sous la 3ème République. Il a été dénigré de son
vivant et effacé des mémoires dès sa mort. En effet cet homme noir a lutté entre autres pour réduire la journée de travail en usine à
dix heures pour les enfants de moins de douze ans. Il se prononça contre le général Boulanger et a intervenu dans le vote des lois sur le réseau métropolitain de Paris.

 

Severiano de Hérédia a été élu conseiller municipal du quartier des Ternes en 1873, puis président du conseil de Paris en 1879 et député
de la Seine en 1881. Il devient en 1887 le premier ministre noir des Travaux publics. Un ministère de plein pouvoir dans le gouvernement Rouvier.

Et pourtant, il reste méconnu pour ne pas dire inconnu. Son nom ne figure pas sur la liste des personnalités enterrées au cimetière parisien
des Batignolles où il repose, ni dans les dictionnaires et encyclopédies populaires actuelles. Aucune trace de son nom dans le Paris d’aujourd’hui
ou ailleurs en France. Il n’a d’ailleurs jamais été décoré de la légion d’Honneur alors même qu’il est le créateur des bibliothèques municipales à Paris et, à la suite de Victor Hugo et Jules Ferry, président de l’association Philotechnique. Ce grand républicain classé au cimetière des oubliettes fait partie de ces Noirs qui ont fait la France. 

 

Paul Strade, professeur de l’université de Paris VIII, a édité un livre « Sévériano de Hérédia : ce mulâtre cubain que Paris fit maire et la République ministre », préfacé par la 1ère députée noire de la capitale, Georges Pau-Langevin. Dans ce livre l’auteur a épluché les archives
de la police de Paris, de la Bibliothèque nationale, du Grand orient de France, ainsi que les archives cubaines afin de rétablir l’histoire.
Il nous explique « En France, seul l’archiviste du Grand orient de France avait remarqué son nom clinquant et son rang éminent au sein de la hiérarchie maçonnique. Mais il ne s’avait pas qu’il était noir. »

 

Blaise Diagne
le premier député africain

Blaise Diagne est un homme politique français, né le 13 octobre 1872 à Gorée (Quatre communes) au Sénégal et mort le 11 mai 1934 à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques) en France. Il est le premier député africain élu à la Chambre des députés française. En effet, jusqu’à cette date, les précédents députés noirs au parlement de la France étaient originaires des colonies françaises des Amériques. Il est également le premier Africain sous-secrétaire d’État aux Colonies. Fervent assimilationniste, il doit sa renommée à sa volonté de faire participer pleinement les
Africains à la politique française aussi bien durant la mise en place des structures coloniales qu’une fois ces dernières installées. Il a également joué un rôle important en faveur des droits des Africains engagés dans les troupes coloniales. 

 

Blaise Diagne est entré dans cette administration coloniale en 1892, il est d’abord nommé en :
- 1892 au Dahomey (actuel Bénin) ;
- 1897 au Congo français ;
- 1898 à La Réunion ;
- 1902 à Madagascar, dernier poste où ses opinions avancées déplaisent à Gallieni ;
- 1910, Blaise Diagne est envoyé en Guyane où ses liens avec le gouverneur sont facilités par son appartenance au Grand Orient de France.

 

 

Kofi Yamgnane
« l’intégration réussie »

Kofi Yamgnane est un homme politique franco- togolais, né le 11 octobre 1945 à Bassar au Togo. Il est secrétaire d’État chargé de l’Intégration
auprès du ministre des Affaires sociales et de l’Intégration de 1991 à 1993, conseiller régional de Bretagne de 1992 à 1997 et député socialiste du Finistère lors de la XIe législature de 1997 à 2002. En 1975, il obtient la nationalité française et possède depuis cette année la double nationalité (française et togolaise).

 

Le 20 mars 1989, Il est élu maire de Saint-Coulitz. Cette année-là, la France fête les 200 ans de sa Révolution, elle est en quête de symboles, Kofi devient celui de « l’intégration réussie », élu par une population cent pour cent blanche (excepté Kofi Yamgnane lui-même). Un an plus tard, il est désigné « Breton de l’année » par Armor Magazine et l’année suivante, il est nommé secrétaire d’État dans le gouvernement d’Édith Cresson, puis en 1992 dans le gouvernement Bérégovoy. En 1994, il devient conseiller général du Finistère puis en 1997, il est élu député, siège qu’il ne retrouve pas en 2002. En 2001, il est réélu conseiller général du Finistère et devient viceprésident de l’Assemblée départementale, chargé des politiques de l’eau.
 

Le 20 janvier 2008, Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, annonce la création d’une commission chargée de réfléchir sur les questions constitutionnelles posées par la politique des quotas d’immigrés et dont Kofi Yamgnane serait membre

Camille Mortenol
L’homme qui a déjoué les attaques aériennes

Camille Mortenol un commandant guadeloupéen à la défense de Paris. A 55 ans, il est choisi par le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, pour le seconder dans la défense de la capitale française. Gallieni avait pu apprécier le dévouement de Mortenol quand ils servaient ensemble à Madagascar.  

 

Il est nommé directeur du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris. Il a la responsabilité de défendre Paris contre les attaques de l’aviation ennemie. Avec l’aide d’un service de renseignement et d’énormes projecteurs de nuit, en particulier celui du fort du Mont-Valérien qui domine la capitale, il déjoue les attaques aériennes. Une mission qu’il accomplit avec succès et qui lui vaudra d’être promu colonel d’artillerie de réserve en 1917, puis commandeur de la Légion d’honneur. 

 

On retient donc que la France fut l’un des pays du monde les plus avancés en termes de diversité certes, mais aujourd’hui cette question de la diversité n’est pas réglée...

Finalement, c’est comme si la présence de ces grands hommes noirs n’avait aucun sens dans le grand récit national et que chaque génération les évacuait du récit de la génération précédente.

 

Aujourd’hui voir des noirs dans l’équipe de France ou présenter une émission de télé ne pose pas vraiment de problème mais un noir en tant que 1er ministre ou encore président ça c’est une autre histoire ! Et pourtant il était plus facile pour un noir de se faire élire maire d’une ville française dans les années 1930 qu’aujourd’hui.

 

Pourquoi ? Il y avait tout d’abord beaucoup moins de noirs en France et leur présence était considérée comme temporaire. Les français ont donc minimisé le fait que toute une génération continuera à naitre et deviendra citoyens français. Voilà pourquoi personne ne les a pris en compte. La France a créé une république métissée avant tout le monde, puis elle a eu peur et la question de la violence sociale dans les banlieues n’a pas arrangé les choses...